Économie

Que nous réserve l’inflation ?

Nous expliquons pourquoi l’inflation est en hausse et nous intéressons aux situations aux États-Unis, en Europe et en Chine.

06/03/2017

Ben Arnold

Ben Arnold

Rédacteur financier

L’inflation reprend du poil de la bête

La plupart des principales banques centrales tablent sur une accélération de l’inflation. Les pressions exercées sur les prix s’intensifiaient déjà en 2016 à mesure que l’économie mondiale montrait des signes de redressement. Aujourd’hui, les politiques du nouveau gouvernement de Donald Trump (baisses d’impôts et augmentation des dépenses publiques) pourraient renforcer ces pressions.

En janvier, les économistes tablaient sur une hausse de l’inflation dans les pays du G20, de l’ordre de 1,09 % en 2016 à 1,8 % en 2017, avec des augmentations davantage marquées dans les économies développées, selon les données de l’OCDE.

Les équipes de Schroders prévoient que l’inflation au Royaume-Uni passera de 0,7 % en 2016 à 2,9 % en 2017 avant de redescendre à 1,9 % en 2018. Aux ÉtatsUnis, une hausse de 0,1 % à 2,3 % est à prévoir durant cette même période.

Nous présentons ci-dessous l’évolution de l’inflation à l’échelle mondiale ainsi que dans quelques-unes des plus grandes économies, et exposons les opinions d’économistes et gérants. Expliquons tout d’abord la nature corrosive de l’inflation.

Pourquoi l’inflation est-elle aussi importante pour les investisseurs ?

L’inflation diminue la valeur de l’épargne au cours du temps. Plus le niveau d’inflation est élevé, plus vite le pouvoir de dépense des épargnes chute.

Le graphique ci-dessous montre comment la valeur réelle des capitaux épargnés diminue véritablement sur 20 ans, selon des scénarios à 1 et 5 %. Après 10 années à une inflation à 5 %, une épargne de 100 euros ne vaut plus que 60 euros. Même avec une inflation peu élevée de l’ordre de 1 %, la valeur réelle chute à 90 euros.

Cette situation souligne pourquoi les investisseurs s’efforcent d’atteindre des performances supérieures au taux d’inflation, c’est-à-dire des « performances réelles », qui permettent au portefeuille de croitre.

Si l’inflation est en hausse, les investisseurs sont davantage susceptibles de s’intéresser non plus aux dépôts en liquidités, mais plutôt à certains investissements qui, historiquement, ont permis de générer des performances supérieures au taux d’inflation. Le succès de cette stratégie n’est cependant pas toujours garanti.

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Le taux d’inflation est exceptionnellement bas dans les pays développés depuis la crise financière de 2008/2009. Certains pays ont même connu des périodes de déflation. Et ce, malgré l’intervention peu conventionnelle des banques centrales qui ont procédé à la création électronique de liquidités par le biais de programmes d’assouplissement quantitatif (QE) visant à redonner un coup de fouet aux économies.

Ces derniers mois, l’inflation s’est nettement accélérée, comme en témoigne la courbe bleue du graphique ci-dessous. Les taux d’inflation officiels sont calculés selon l’indice des prix à la consommation (IPC). L’indice est composé de prix énergétiques tels que le pétrole et le fioul domestique.

Le paysage est différent si l’on exclut les prix de l’énergie et de l’alimentation, de nature volatile. Cette « inflation de référence » est plus stable (ligne orange) et ne subit, du moins pour l’instant, pas les retombées de la récente hausse des cours énergétiques.

Le savoir-faire des économistes dans les prévisions de l’inflation consiste à juger l’équilibre d’offre et de demande au sein de l’économie. Ils s’intéressent à la santé du marché de l’emploi, à la croissance des salaires ainsi qu’au prix des biens à la sortie des usines, et obtiennent ainsi les premiers signes d’une hausse ou d’une baisse de l’inflation.

Les craintes liées à l’inflation sont également prises en considération car elles peuvent attiser les pressions inflationnistes, les travailleurs qui observent une hausse des prix demandant une réévaluation de leur salaire. Les enquêtes révèlent que les anticipations d’inflation sont étroitement surveillées.

États-Unis

Données réelles 2016 (Datastream) : 1,3 %
Prévisions Schroders 2017 : 2,6 %
Prévisions Schroders 2018 : 2,3 %
Prévisions consensus 2018 : 2,3 %

Après avoir atteint un plus bas de 0,8 % en juillet, l’inflation est en hausse depuis l’été aux États-Unis. Le taux a même dépassé l’objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale, avec 2,1 % au mois de décembre.

Le contexte n’est toutefois pas complètement méconnu pour ces années d’aprèscrise, puisqu’un taux semblable avait été atteint mi-2014 et même été plus élevé en 2011. La montée des prix énergétiques, notamment des coûts de carburant, s’est traduite par une hausse du niveau d’inflation. Les prix alimentaires, en revanche, suivent une trajectoire descendante.

La Réserve fédérale a relevé à deux reprises ses taux depuis décembre 2015, un mécanisme utilisé pour réguler l’économie et contrôler l’inflation.

Donald Trump a construit sa campagne présidentielle autour du travailleur américain. La création de 25 millions nouveaux emplois était une promesse électorale immense, tout comme son engagement à mettre fin à certaines ententes commerciales telles que le partenariat Trans-pacifique.

Keith Wade, économiste en chef chez Schroders, explique : « La protection des échanges commerciaux limite de manière effective l’offre de biens disponibles sur un marché, et renforce par conséquent les pressions à la hausse sur les prix. Il en est de même pour les mesures qui empêchent les entreprises de tenter de réduire leurs coûts en se délocalisant. L’inflation reste la réponse la plus probable aux politiques économiques du nouveau président. »

Selon Keith Wade, la création de 25 millions d’emplois, si toutefois le nombre était bel et bien atteint, se traduirait clairement par une hausse des salaires et de l’inflation car seules huit millions de personnes en âge de travailler sont en réalité sans emploi. Il ajoute : « Toutes ces mesures avancent dans la même direction et se solderont par un conflit entre le gouvernement et la Réserve fédérale. Je suis bien plus préoccupé par l'inflation sous Donald Trump. » La stagflation (inflation élevée associée à une stagnation économique et un fort taux de chômage), demeure une menace. Les États-Unis ont connu une période de stagflation dans les années 70 lorsque les prix du pétrole sont montés en flèche.

Zone euro

Données réelles 2016 (Datastream) : 0,2 %
Prévisions Schroders 2017 : 1,6 %
Prévisions Schroders 2018 : 0,9 %
Prévisions consensus 2018 : 1,4 %

La trajectoire que suit l’inflation en Europe est semblable à celle au Royaume-Uni. Dans la zone euro, le taux d’inflation est passé de 0,2 % en août à 1,8 % en janvier.

À l’instar des États-Unis et du Royaume-Uni, la hausse des prix énergétiques a de loin dépassé le stade du rebond. L’inflation de l’énergie dans la zone euro les douze mois précédents janvier s’établissait à 8,1 % (contre 2,6 % le mois précédent).

L’Europe est confrontée cette année à d’importantes élections et doit faire face à des incertitudes entourant les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Les conséquences pourraient être nombreuses pour la croissance économique et se répercuter sur l’inflation.

Le tableau ci-dessous présente les principaux événements de cette année. Pour chacun d’eux, le « Schroders Economics Group » donne son opinion quant à sa probabilité de réalisation et ses répercussions pour les marchés.

Schroders table sur une inflation en Europe inférieure au taux du Royaume-Uni et des États-Unis.

Selon Keith Wade : L’inflation va certainement réduire le pouvoir d’achat des ménages. Le risque politique sera élevé en 2017 et bien que des événements similaires n’aient pas eu d’impact marqué au Royaume-Uni et aux États-Unis l’année dernière, il faut garder à l’esprit que l’Europe est dans une situation plus fragile et qu’elle a davantage souffert d’événements similaires par le passé (qui ont même entraîné des récessions).

Les fondamentaux s’améliorent également en Europe. La dynamique du marché du travail s’est aussi accélérée, avec un rythme de créations d’emplois inédit depuis 2007. La croissance des salaires est à la traîne mais elle devrait accélérer rapidement. Ainsi, malgré les risques politiques en 2017, les investisseurs attendent depuis longtemps une phase d’optimisme en Europe.

Chine

Données réelles 2016 (Datastream) : 2,0 %
Prévisions Schroders 2017 : 2,5 %
Prévisions Schroders 2018 : 2,3 %
Prévisions consensus 2018 : 2,0 %

L’inflation en Chine s’est principalement maintenue aux alentours des 2 % depuis 2014, soit à un taux supérieur à celui de la plupart des économies développées. Son point bas était de 1,3 % en 2016 avant d’atteindre 2,5 % au moins de janvier. À l’inverse des États-Unis, la Chine pourrait jouer le rôle d’une force déflationniste dans l’économie mondiale cette année.

Les relations entre la Chine et le monde occidental sont fragiles : Donald Trump accuse en effet la Chine de manipuler sa devise et de laisser le renminbi perdre en valeur, ce qui compromet la compétitivité des États-Unis à l’international.

Keith Wade estime pourtant que c’est tout le contraire : « La Chine réduit ses réserves de change, ce qui se révèle être en réalité positif pour la devise. »

Le fait que Donald Trump accuse la Chine de manipuler la devise pourrait inciter le pays à cesser ses achats dans sa devise. Si cette situation se produisait, le renminbi se déprécierait davantage et entraînerait une chute du coût des exportations chinoises, et ainsi un effet déflationniste à travers le monde.

Wade ajoute : « Si Pékin renonçait au contrôle de sa monnaie, le renminbi accuserait un nouveau repli de l’ordre de 10 à 20 % et deviendrait par conséquent une importante force déflationniste. À surveiller, donc. »

« Et maintenant ? »

Une hausse de l’inflation aux États-Unis pourrait encourager la Réserve fédérale à relever ses taux d’intérêt dans l’intention d’apaiser l’économie. La banque devrait déjà procéder à deux relèvements de taux en 2017 pour atteindre 1,25 %, et de nouvelles hausses sont à prévoir d’ici la fin 2018 pour atteindre 2,0 %.

La Banque d’Angleterre, quant à elle, ne devrait pas intervenir cette année ni la suivante.

Les marchés sont en peine depuis la chute des prix des obligations ces derniers mois. La hausse de l’inflation, qui rend les taux obligataires moins attrayants, entraine donc une chute des prix. À l’inverse, les investisseurs en actions espèrent que l’inflation soutiendra les bénéfices des entreprises.

Une enquête menée fin janvier auprès d’intermédiaires d’investissement dans le cadre de la « Schroders Investment Conference » cherchait à connaitre le risque principal pesant sur les marchés en 2017. Selon les sondés, la plus grande inquiétude est de nature politique, et seuls 9 % estiment que la hausse de l’inflation constitue un risque majeur.

Johanna Kyrklund, Responsable de l’investissement multi-actifs « Nous pensons que l’inflation devrait contre toute attente s’inscrire en hausse, bien que, pour l’heure, ni les marchés ni les portefeuilles ne reflètent cette évolution. »

 

 

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