Enjeux ESG/Investissement responsable

Les constructeurs sont-ils préparés à la crise des prêts automobiles ?

Alors que les inquiétudes concernant les pratiques en matière de prêts prennent de l’ampleur, l’équipe d’investissement durable de Schroders livre son analyse sur la réaction des constructeurs face aux menaces et opportunités à venir.

26/04/2018

Douglas Smith

Douglas Smith

Analyste investissement durable

Elly Irving

Elly Irving

Analyste investissement durable

Le financement automobile a été largement épargné par les amendes, les gros titres et les inspections ayant agité le secteur bancaire au cours des dernières années.

Cependant, l’attention se tourne désormais vers un marché qui représente une part significative de l’endettement des consommateurs dans de nombreuses économies développées.  La Financial Conduct Authority (FCA) britannique a annoncé qu’une enquête sur le secteur allait être menée et les régulateurs d’autres pays ont exprimé leurs inquiétudes. L’augmentation des coûts d’emprunt alors que la hausse des taux s’amplifie pourrait faire émerger les problèmes financiers et accroitre la pressions sur ce secteur.

Dans l’ensemble, les constructeurs automobiles semblent moins préparés à cette surveillance que leurs homologues des services financiers. Ce problème est essentiel pour les investisseurs. L’équipe d’investissement durable de Schroders a donc consulté les principaux constructeurs afin de mieux comprendre leurs forces et faiblesses.

Pourquoi tant d’inquiétude ? Le financement automobile s’est développé rapidement dans de nombreuses économies occidentales. Les chiffres de la Banque d’Angleterre estiment que la croissance moyenne annuelle se situe à 20% depuis 2012, soit une hausse en volume de 30 mds GBP au cours de cette période.

Prenant une place croissante auprès des acheteurs, le financement automobile est aussi devenu essentiel pour les modèles économiques des constructeurs automobiles. Une étude publiée par Exane BNP Paribas en 2017 estimait que 90% des voitures neuves aux É.-U. et au R.-U., contre 80% dans l’UE, étaient financées par emprunt ou louées. Depuis la crise financière, les régulateurs ont accru leur surveillance des pratiques bancaires en matière de prêts et de traitement des clients, et nous pensons que l’industrie automobile sera confrontée à des pressions similaires à l’avenir. Cela est notamment le cas au Royaume-Uni, où le financement automobile représente 30% du total des crédits à la consommation, selon les données les plus récentes de la Banque d’Angleterre.

 

Hausse des contrôles réglementaires

La hausse des taux d'intérêt aux États-Unis et au Royaume-Uni suscite des craintes de multiplication des défauts et des risques pour les activités de prêts irresponsables, tandis que le recul des prix des véhicules d’occasion pourrait déclencher des révisions à la baisse de la valeur résiduelle de ces voitures.

Aux États-Unis, 6,3 millions d’Américains sont déjà en retard d’au moins 90 jours sur le remboursement de leur prêt automobile, soit une augmentation d’environ 400 000 par rapport à l’année précédente, selon les données publiées en novembre par la Réserve fédérale de New York.

Nous nous concentrons sur les pratiques de prêt responsables des constructeurs automobiles et sur leur résistance à l’accroissement du risque réglementaire. Le scandale de la vente abusive d’assurances emprunteur met en évidence le coût financier d’une tromperie des consommateurs : la FCA estime à 29,2 mds GBP le montant des remboursements et indemnités versés depuis janvier 2011.

Plusieurs éléments indiquent que ces risques potentiels sont en passe de devenir plus tangibles.

Au Royaume-Uni, les inquiétudes ont conduit la FCA à mener une étude sur de possibles « manques de transparence, conflits d’intérêts et activités de prêts irresponsables dans le secteur du financement automobile ». Elle devrait livrer ses conclusions au mois de septembre. Parallèlement, la Commission sur la concurrence et la consommation australienne a enquêté sur Volkswagen, Kia et Fiat Chrysler à la suite de plaintes concernant les droits des consommateurs. Aux États-Unis, le Bureau de protection financière des consommateurs a infligé aux constructeurs ou à des fournisseurs tiers des amendes pour discrimination envers une minorité d’emprunteurs, gonflement des revenus des consommateurs et absence générale de dispositions relatives au prêt responsable.

En conséquence, il nous semble important de comprendre les mesures prises par les constructeurs automobiles en vue de garantir des pratiques de prêt robustes. Nous avons entamé des discussions avec 16 constructeurs automobiles mondiaux au second semestre 2017 afin de mieux comprendre leurs pratiques de prêt responsables, leurs relations avec les différents acteurs et leur adaptabilité face à l’émergence du risque réglementaire.

Chacun d’eux a été évalué, dans des domaines allant des contrôles internes à la gestion des plaintes des clients.

 

Les constructeurs ont du pain sur la planche

L’industrie dans son ensemble a un long chemin à parcourir. Aucun des principaux constructeurs n’a été confronté à des contrôles ou pressions réglementaires similaires à celles subies par leurs homologues des services financiers. En conséquence, la transparence est moins bonne et les pratiques paraissent moins robustes.  Cependant, l’attention croissante portée à ces questions pourrait faire des pratiques des entreprises un facteur de compétitivité de plus en plus important.

Les relations des entreprises avec les tiers fournisseurs de financement attisent les inquiétudes. Alors que la plupart des constructeurs exploitent leur propre filiale de financement, celles qui ne bénéficient pas de la notation investment grade, comme Peugeot et Fiat Chrysler, ont souvent recours à des tierces parties, responsables de tous les aspects du financement des clients. Aux États-Unis, certaines entreprises se sont récemment retrouvées sous le feu des projecteurs : Santander Consumer USA et Ally Financial (qui fournissent collectivement 40% des ventes en leasing de Fiat Chrysler aux États-Unis) se sont vu infliger des amendes pour pratiques de prêt irresponsables.

La surveillance des tiers prêteurs est particulièrement importante aux États-Unis, où les emprunteurs « subprimes », plus vulnérables, représentent plus de 25% du marché, contre 3% au Royaume-Uni. Quatre des entreprises avec lesquelles nous avons eu des discussions sont exposées à des fournisseurs de financement tiers : Hyundai, Fiat Chrysler, Jaguar Land Rover et Kia. Parmi elles, seule Jaguar Land Rover était en mesure de communiquer publiquement des informations sur le processus de sélection de ses partenaires.

Nous avons aussi identifié une contradiction constante sur les risques concernant la marque et la fidélité. D’une part, les entreprises insistent sur les avantages de la vente en leasing pour soutenir les ventes et promouvoir la fidélité à la marque. Selon VW, les clients qui achètent en leasing ont 37% de chances supplémentaires de rester fidèles à la marque que ceux achetant au comptant.

D’autre part, les entreprises recourant à des organismes de financement tiers voient ce service comme une relation transactionnelle, de pleine concurrence, et se soucient peu de l’expérience des clients qui utilisent les contrats de leasing. Étant donné que le partenaire supporte le risque de chute de la valeur de reprise, ces accords sont souvent perçus comme exempts de tout risque. Mais ce n'est pas le cas. Nous pensons que de mauvaises expériences client avec un fournisseur tiers auront des conséquences dommageables pour la marque, et que ce risque est sous-estimé par les constructeurs avec lesquels nous avons eu des discussions. Des politiques ou des normes faibles, une formation inadéquate ou l’incapacité à répondre aux plaintes des clients exposent les constructeurs à des coûts réglementaires, de conformité et de formation plus élevés. Il est possible, en revanche, de tirer parti de cette situation. Les entreprises dotées de normes robustes et capables de profiter des avantages offerts par le financement en matière de mise en valeur de la marque sont bien placées pour distancer la concurrence.

VW a obtenu de bons scores sur l’ensemble de nos mesures. Daimler, BMW et Renault disposent également de normes solides.

Le scandale des émissions a entraîné un contrôle renforcé de l'industrie, notamment de VW. Si les entreprises qui se sont déjà trouvées dans l'œil du cyclone ont retenu la leçon, elles pourraient être les mieux placées en cas de nouvelle crise frappant le secteur.

 

L’essor de la location avec option d’achat

Le principal moteur de la croissance du secteur a été la location avec option d’achat (LOA). Une LOA ne nécessite aucune caution – le conducteur effectue des paiements mensuels jusqu’à une échéance déterminée. Le véhicule peut ensuite être restitué, échangé pour un modèle plus récent ou acheté à un prix réduit. Les contrats de LOA sont généralement moins adaptés aux véhicules anciens, dont la valeur devient moins prévisible avec le temps.


1. Par exemple https://www.accc.gov.au/media-release/new-car-industry-put-on-notice

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